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Cameroun : l’ Université de Dschang à l’heure des jardins d’initiation à l’écocitoyenneté

Parallèlement à sa mission de formation et de recherche, l’Université de Dschang du Cameroun a créé des jardins de plusieurs hectares pour initier les étudiants à l’écocitoyenneté. L’expérience est maintenant répliquée au-delà de l’espace universitaire.

Les différents rapports sur le taux de déboisement montrent clairement que les pays les plus touchés se trouvent dans le Bassin du Congo. Le Cameroun est en effet en tête des Nations où la richesse floristique endémique est « sauvagement » exploitée.

Finalement, c’est à se demander si la Conférence de Rio n’a porté que sur l’imaginaire collectif, en dépit de l’élaboration d’un Plan national de gestion de l’environnement en 1994, suivie de la promulgation d’une Loi forestière et faunique toujours en 1994 jugée très cohérente. Au-delà des textes, la réalité est bien inquiétante.

On se souvient évidemment de l’affaire Harakles Farms, cette méga compagnie américaine qui s’arrogeait pour un franc symbolique des milliers d’ hectares dans un massif forestier unique et réservoir des populations de primates et d’éléphants de forêt dans la région du Sud-Ouest Cameroun. L’objectif de cultiver le palmier à huile a été modifié en raison de la forte mobilisation nationale et internationale.

Plus ou moins en silence, une entité chinoise aurait déjà bouclé un accord d’exploitation de plus de 50. 000ha dans la Réserve de Biosphère du Dja…pour la plantation de l’hévéa. Une fois de plus, la mobilisation est en cours pour dénoncer ces démarches incohérentes des gouvernants qui signent toutes les conventions des parties sur les changements climatiques, la diversité biologique et autres protocoles, mais qui continuent à compromettre la véritable richesse et héritage communs.

Sensibiliser et aller au-delà

Il est question d’approfondir la notion d’appartenance et donc de co-responsabilité dans les pensées et pratiques. La citoyenneté ne saurait se déléguer et encore moins se vivre uniquement dans des discours et autres langages d’experts, mais parfaitement inopérants.

C’est en croisant la triple mission fondamentale de notre Université (former, faire la recherche et contribuer au bien-être des communautés), en 2009, qu’est venue l’idée d’initier un petit cadre expérimental prenant en compte toutes les grilles et expériences passées relevant des problématiques soulevées plus haut.

Avec un passé riche et des lauréats disséminés dans divers cercles de décisions aux plans national et international, il nous paru utile de considérer la communauté estudiantine comme un vivier actuel et local, capable d’essaimer des pensées et pratiques plus stratégiques et ancrées sur des approches durables.

L’Université de Dschang est réputée en Afrique centrale pour son rôle dans la formation et la recherche pointues dans les domaines de l’Environnement et Biodiversité, avec notamment un des Département de foresterie le plus significatif dans la région. Une attitude « verte » propre à l’économie verte n’est possible que dans le contexte de la construction d’une pensée plus « verte », moins tournée seulement vers le « jaune-gris » illustrant les revenus, et donc de l’emploi.

La question de l’employabilité « volatile » a été souvent résolue seulement dans l’unique facette de l’adéquation formation-emploi. Ce qui est vert perdure. Y compris dans les métiers agrosylvopastoraux qui sont le centre de nos préoccupations. Il fallait essayer…

Première initiative : la Coalition Biodiversité et Arboriculture

Tout en maintenant la démarche classique universitaire de conférences, séminaires, publications…, nous avons envisagé de regrouper des étudiants et professionnels intéressés autour d’une idée : promouvoir la Biodiversité à travers l’arboriculture.

Dans l’espace de la Ferme d’application et de recherche de la faculté d’agronomie et des sciences agricoles, il nous été attribué un espace en friche d’environ 1000 mètres carrés. Cet espace est devenu progressivement le lieu de formation pratique (informelle) de plusieurs générations d’étudiant/es sur les techniques horticoles et arboricoles.

Des milliers d’arbres ont été produits et distribués/vendus, et parfois à des centaines de kilomètre. Des commandes des espèces particulières arrivent parfois de bien loin.

La petite unité est devenue un laboratoire vivant. Des expériences inédites ont y ont été menées pour la germination de certaines espèces « récalcitrantes » et des essais de domestication aussi.

Les méthodes jadis peu maitrisées par des étudiants (multiplication par fragments de tiges, greffage, marcottage, levée de dormance…) sont régulièrement pratiquées par des étudiants volontaires de tous les niveaux. Ils se retrouvent un après-midi chaque week-end sur le site pour échanger des expériences, toujours sous la conduite des plus expérimentés.

Au-delà de la formation, pas de moins de 50 de ces étudiants (dont certains sont aujourd’hui des cadres d’entreprises) ont entrepris de créer des petits jardins, d’expérimenter la permaculture et d’autres approches agroécologiques dans les exploitations familiales ou à titre individuel.

D’ ailleurs, deux des anciens responsables ont reçu des prix africains (Jeunes Innovateurs FARA et Entrepreneurs PKFokam Award) pour avoir continué les réflexions en entreprise hors du campus. L’économie verte est avant tout un entrepreneurship vert. Et c’est gagnant !

A la suite d’un voyage dans une autre université en Amérique, il nous a été donnée de vivre une expérience à peu près similaire, structurée en un jardin botanique. Fusionner notre expérience avec l’idée d’un jardin botanique intra-campus a reçu un écho favorable des responsables de notre université. En effet, depuis le début de la nouvelle année académique (2019), l’Université de Dschang ; conformément à son Plan stratégique, dispose d’un espace de 6,5ha dédié aux activités de jardinage botanique. Cette ouverture a été utile pour bâtir une stratégie organisationnelle.

La première a été de transformer le groupe informel dénommé Coalition Biodiversité et Arboriculture (CBA) en une association légale. D’où la création du Cercle des étudiants et ressortissants green (CERG) dont le poste de Président est dévolu toujours à un étudiant (actuellement Ludovic Zebaze, élève-ingénieur en productions végétales, et aux doigts verts).

Cette mutation a permis d’obtenir des financements publics pour acquérir des semences, équipements et consommables et de lancer (en cours) une pépinière moderne et un cadre plus attractif. Bien plus, le présent projet vise l’installation dans deux communautés rurales des jardins communautaires de fruitiers et légumes divers.

En plus, il sera offert des formations destinées aux responsables de l’alimentation dans les ménages à une meilleure utilisation des ressources pour un meilleur état nutritionnel. Le partenaire extérieur (PIDMA du ministère de l’Agriculture et du Développement rural) entend soutenir plus loin ce programme. Il est à noter que plusieurs des étudiants membres ont déjà créé leurs propres pépinières. Et beaucoup d’arbres seront plantés.

Déploiement des ambitions

Le CERG entend contribuer à la promotion de la pensée verte, de l’action verte. Sa contribution envisage de toucher majoritairement des étudiants et professionnels, en misant sur la diversification des revenus, intégrant des activités de création des jardins multi-spécifiques et l’utilisation privilégiée des approches agroécologiques.

Deux projets collaboratifs nous ont déjà rapprochés : la création d’un verger mixte d’avocatiers de 50ha et la participation à un programme de reboisement de quatre millions d’arbres sur les flancs du mont Bamboutos, bassin versant d’un affluent immense.

Félix Meutchieye
(Dr-Ing), Enseignant FASA, Université de Dschang,
Serge Nzali
(PhD), Enseignant FASA, Université de Dschang
Ludovic Zebaze
Etudiant Ingénieur Agronome, Productions Végétales 3, FASA, Président du CERG
Contact : fmeutchieye@gmail.com