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L’ AMP de Joal, une aire économique en reverdissement

En plus des pratiques durables qui ont contribué à la préservation de la biodiversité, l’aire marine protégée de Joal-Fadiouth est une aubaine pour les femmes et la communauté de pêcheurs.

Située sur la Petite côte du Sénégal, à environ 130 km de Dakar, l’Aire marine protégée (AMP) de Joal-Fadiouth a une superficie de 174 Km2. Ses limites comprennent les dépendances maritimes de la commune, un bras de mer ainsi qu’un important réseau de mangroves.

L’évaluation des habitats et des espèces qui y évoluent montre une grande diversité du milieu et des ressources.

D’abord, il y a le plateau continental de cette zone de la Petite côte qui offre aux ressources halieutiques un milieu privilégié en raison des conditions hydrologiques particulièrement favorables ; d’où la richesse de sa flore marine.

La lagune de Joal-Fadiouth quant à elle, abrite des zones humides (vasières et mangroves) sur une superficie de plus de 430 ha qui jouent un rôle considérable dans la conservation des ressources halieutiques et des oiseaux d’eau. De ce fait, la mangrove constitue une frayère pour beaucoup d’espèces qui viennent y accomplir leur premier cycle de croissance.

Du point de vue fonctionnel, les écosystèmes de l’AMP de Joal sont indissociables de ceux de la Réserve de Biosphère du Delta du Saloum. Ils restent assimilables à une porte d’entrée jouant un rôle de transition entre le milieu maritime et le milieu continental et présentent toutes les caractéristiques d’une zone humide d’importance internationale.

En effet, chaque année, Joal-Fadiouth accueille une fraction importante des effectifs mondiaux de certaines espèces comme l’Aigrette dimorphe, le Bécasseau cocorli, le Bécasseau sanderling, le Goéland brun, le Goéland railleur, la Mouette à tête grise, la Sterne caspienne, la Sterne royale, la Sterne naine, le Héron garde bœufs, le Grand cormoran, le cormoran africain le Pélican gris et le Pélican blanc.

Sur le plan institutionnel, l’AMP de Joal-Fadiouth est sous la tutelle de la Direction des Aires marines communautaires protégées (DAMCP), du Ministère de l’environnement et du développement durable.

Mode de gouvernance

L’administration de l’AMP de Joal-Fadiouth est assurée par une équipe technique ayant à sa tête un conservateur assisté par des agents. La gouvernance est participative avec une forte implication des populations locales, allant de la prise de prise de décision à l’exécution des programmes.

Pour ce faire, un Conseil d’orientation regroupant les autorités communales, coutumières et administratives, ainsi qu’un Comité de gestion, sont mis en place. Les membres de cette dernière sont élus lors d’une assemblée générale à laquelle prennent part toutes les parties prenantes.

Les activités de l’AMP de Joal s’articulent autour de trois axes prioritaires : aménagement et restauration des écosystèmes, surveillance et communication, activités génératrices de revenus (AGR).

Aménagement et restauration des écosystèmes

Le réseau hydrologique connait par endroit des perturbations pouvant porter préjudice au balancement correct des marées. C’est dans ce sens que les acteurs ont pris l’initiative de procéder à des activités de restauration visant essentiellement à améliorer l’hydraulicité des chéneaux qui interconnectent les vasières.
A ce propos, 650 mètres de chéneaux ont été curés cette année grâce à l’appui de Wetlands/ Mangrove Capital Africa (MCA).

La pose de 200 récifs dans les zones des rochers, le reboisement, le balisage ainsi qu’une cartographie participative (zonage) ont permis de contribuer à la préservation de la dynamique des écosystèmes et la remontée biologique des espèces marines et côtières.

Ces activités sont conduites par les acteurs ci-après :
• l5 groupements de femmes (Mbooga Yaay, Femmes et coquillages de Fadiouth, Goulok, Fata Ndebane, les Associations Dynamiques femmes) ;
• les jeunes (1 groupement et 1 association dénommée Dynamiques jeunes),
• une cinquantaine de pêcheurs.
Au total, près de 600 acteurs se mobilisent chaque année pour les besoins d’aménagement, de suivi et de la préservation des acquis, sous l’encadrement technique des agents de l’AMP.

Surveillance et communication

La surveillance est assurée par une équipe mixte : comité de gestion (commission surveillance) et personnel de l’AMP. L’organisation mise en place permet ainsi d’effectuer des sorties régulières et d’interpeler les contrevenants. Pour un total de 70 sorties en 2018, 69 pirogues ont été appréhendées en zones fermées à la pêche dont 16 verbalisées pour cas de récidive. Au total, 449 pêcheurs à bord ont été sensibilisés sur le règlement intérieur de l’AMP, le zonage et sur les bonnes pratiques en zone réglementées.

La communication permet d’informer et de sensibiliser diverses cibles, c’est-à-dire le grand public avec les radios locales, les écoles, les jeunes, etc. A la clé, des émissions à la radio communautaire, des activités sportives (tournois de football) et des panels dans les écoles ont été organisés avec une forte implication des autorités administratives et locales.

Basées sur une stratégie de mise en valeur de la ressource sans compromettre sa régénération, les AGR constituent une réponse à la demande sociale et sont intégrées dans le plan d’aménagement et de gestion (PAG) de l’AMP. C’est dans ce cadre que certaines activités génératrices de revenus qui s’appuient sur les bonnes pratiques, sont menées par les populations.

L’ostréiculture

L’exploitation des huitres sur guirlandes telle que pratiquée à Joal permet de réduire le stress sur la mangrove. Les coupes et mutilations jadis exercées sur les racines des palétuviers sont abandonnées au profit des parcs à huitres. A ce propos, 500 mètres de guirlandes et 250 mètres de pochons ont été aménagés par les groupements de femmes.
Pour apprécier la dynamique des écosystèmes, les paramètres bioécologiques sont régulièrement suivis.

L’exploitation des arches

Pour améliorer la qualité des produits, les vasières sont ensemencées et un repos biologique de 9 à 12 mois, observé. Cette initiative permet de rééquilibrer la distribution et la densité de la ressource, lui assurant une bonne croissance.

C’est ainsi qu’au moins 12 ha de vasières parmi les plus accessibles sont annuellement traités avec d’abord comme résultat, une plus grande valeur ajoutée, un gain de temps et d’énergie pour les femmes. Ensuite, la question relative à l’équité autour de la ressource est résolue et le contrôle desrégles communautaires de gestion est devenu plus facile.

Au moins cette exploitation et transformation de coquillage a fortement contribué à l’amélioration des revenus des femmes de ménage de la localité pour une valeur de 12 000 000 F CFA, soit 12 tonnes de produits traités par cycle de production.

L’apiculture

Dans le cadre de la diversification des sources de revenus un programme apicole porté par les femmes du groupement de promotion féminine (GPF) Mboga yaye, a été initié dans l’AMP. Encadré par l’ONG Nebeday, ce GPF a bénéficié d’une formation sur les techniques de fabrication et d’installation de ruches et de suivi des essaims d’abeilles.

L’écosystème mangrove a été ciblé pour accueillir les ruches car le miel issu de son nectar est prisé sur le marché. Plusieurs ruches sont déjà colonisées par les abeilles qui vivent en parfaite symbiose avec la flore existante.

Un fond d’appui à l’environnement et au développement (FAED) est mis en place avec le projet micro finance du fond mondial pour l’environnement (PM/FEM). Son objectif est de réduire significativement la pression sur les ressources naturelles, en encourageant des activités alternatives et en diversifiant les sources de revenus.

Deux millions de F CFA ont ainsi été mis à la disposition de l’association dynamique femmes regroupant 65 groupements. Cela a permis à 300 femmes au moins de bénéficier de crédits allant de 100 000 F à 150 000F par cycle leur permettant ainsi de trouver d’autres sources de revenus.

Conclusion

L’économie verte à travers l’élevage des huîtres, l’ensemencement des arches, l’apiculture, l’écotourisme sont des activités axées sur les bonnes pratiques et ont permis à la population de Joal-Fadiouth d’arriver à :
-  une gestion équitable de la ressource à travers des règles communautaires concertées ;
-  des revenus générés avec un souci du respect des normes écologiques et environnemental et de cohésion sociale ;
-  Un suivi évaluation participatif et innovant permettant d’apprécier la dynamique de la ressource et du milieu avec une base de données bioécologiques pouvant aider à la prise de décision des acteurs.

Ce mode de gestion est aussi une illustration de l’efficacité du partenariat Etat communauté. Aussi l’engagement sans faille des partenaires au développement en général et des ONG en particulier a-t-il permis de soutenir les nombreux efforts des communautés et des gestionnaires des AMP, afin de parvenir à un diagnostic participatif des priorités, à une cartographie consensuelle des actions et à la définition des règles de gestion concertées.

Capitaine Cheikh Ndiaye
Conservateur de l’AMP de Joal-Fadiouth
Avec le soutien de Aminata Moussa Sarr
Consultante à l’UICN
Contact : aminatasarr1993@gmail.com