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Préservation des sols par la RNA au Niger : l’expérience de Maradi

Dans le cadre d’un partenariat scientifique avec le FIDA, une étude sur les impacts socioéconomiques de la Régénération naturelle assistée (RNA) a été réalisée dans un village de la région de Maradi. La présente étude, menée entre juin et novembre 2015, repose sur des entretiens auprès de personnes ressources et des enquêtes semi-structurées. L’objectif du présent article est de dégager une analyse et synthèse des impacts socioéconomiques d’une stratégie telle que la RNA permet d’accroître la résilience environnementale des ménages. A l’aide d’un cas concret de RNA, l’article montre l’importance de diversifier et de renforcer les stratégies des ménages afin d’accroître la résilience et de permettre aux ménages de s’intégrer dans une logique de développement durable au sein d’une communauté.

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Situation géographique de Maradi

Les différentes stratégies de l’individu et/ou de la communauté permettent de mesurer ou estimer la capacité de résister à une des perturbations conjoncturelles et structurelles. L’ensemble des stratégies et des outils utilisés pour évaluer la résilience sont multiples. En effet, étant donné que les stratégies sont multiples, les outils peuvent être quantitatifs et qualitatifs. En outre, la résilience est un concept pouvant être abordée par différentes disciplines et se doit d’intégrer les outils de ces différentes disciplines. Dans le cadre du présent article, la résilience des communautés et/ou individu présentent sur un terroir est analysée à l’aide de plusieurs outils : entretien avec des personnes ressources, enquêtes semi directives, focus group, observations directes sur le terrain (transect, zone de recouvrement). L’alliance de ces outils est essentielle afin de faire ressortir l’ensemble de l’évolution de la résilience d’une communauté sur une longue période. L’étude a été possible grâce à l’intervention et le soutien du FIDA. Elle s’est déroulée de juin 2015 à novembre 2015. L’étude réalisée dans la région de Maradi repose sur un partenariat entre le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), l’université Abdou Moumouni de Niamey (département de géographie) et l’Université de Liège Gembloux Agro Bio Tech (unité d’économie et de développement rural).

Le premier objectif de ce partenariat était d’établir des études d’impacts des différents projets du FIDA dans leur zone historique qu’est Maradi. A travers l’étude des impacts de la Gestion des Ressources Naturelles(GRN) dont la RNA.

Les discussions préliminaires liés à l’établissement du guide méthodologique ont permis d’établir une méthode originale combinant de nombreux outils afin d’évaluer les impacts agro-socio-économiques d’actions telles que la RNA. A cela, s’ajoute l’idée d’opérationnaliser un concept très souvent utilisé de manière holistique et très théorique. En effet, de nombreux bailleurs de fonds ont établi un nouveau programme d’actions tentant d’améliorer la résilience d’une population considérée.

Toutefois, après analyse de leur programme, les mêmes actions sont utilisées. Le cas de notre étude en est un exemple, la RNA est apparue dans les années 1980 et continue d’être appliquée. Cela ne veut pas dire que les actions n’ont pas d’impacts mais bien souvent de nombreux concepts manquent d’opérationnalisation car nécessitant de nombreuses études à long terme. Ce type de partenariat, institution de recherche et partenaire au développement, tente de réduire ce fossé entre la théorisation et l’opérationnalité sur le terrain.

Les relevés sur le terrain ont été réalisés dans une zone sud de la région de Maradi et plus précisément dans le terroir de Dargué.

L’analyse repose sur une vision en entonnoir à savoir : évaluation de la situation locale avec des experts et acteurs de terrain ; analyse des résultats liés aux statistiques disponibles ; discussions et entretiens avec des personnes ressources ; établissement de la carte des ressources et du diagramme des échanges lors de focus group (deux focus, l’un avec les hommes l’autres avec les femmes) ; entretien avec les personnes ressources du village pourdresser l’histoire du village et l’évolution de l’environnement du terroir de la communauté considérée ; enquête semi-directive pour évaluer les ressources naturelles liés à la RNA et transect afin d’illustrer l’environnement du terroir.

L’analyse en entonnoir de l’évolution de l’environnement d’un terroir d’une communauté est réalisée sur une longue période afin de pouvoir estimer la résilience de cette communauté face à des perturbations conjoncturelles et structurelles générales et spécifiques. Les aspects spécifiques de la communauté sont surtout axés vers la démultiplication des stratégies pour les communautés appliquant la RNA.

Enfin, le nombre d’enquêtes et d’entretiens ont été définis au sein d’une étude plus globale intégrant trois autres terroirs. De ce fait, le choix des ménages interviewés est plutôt utilisé pour décrire les tendances et la résilience des ménages appliquant la RNA sur leur parcelle. Enfin, cette démarche se veut exploratoire et ne constitue en aucun cas un outil de vérification qui devrait justement tenir compte de communautés n’appliquant pas la RNA. En effet, l’analyse des impacts d’un projet et donc dans ce cas-ci de la résilience d’une communauté et un terroir appliquant la RNA peut se faire de deux manières en fonction du temps (avant et après projet) et de l’action (bénéficiaire et non-bénéficiaire).

Résultats et discussions

Le département de Guidan Roumdji, un des départements du sud de la région de Maradi, présente en 2012 une densité de population de 158 habitants par kilomètre carré. Ce département est constitué de cinq communes et le terroir de Dargué est localisé au nord de la commune de Chadakori.

Le terroir de Dargué, village de Dargué, a été créé durant le XIXème siècle. Sa population est majoritairement originaire de la région d’Agadez et descendante de Kaocen. Kaocen est une lignée de noble touareg provenant de la région d’Agadez fortement liée aux groupes des Kel Owey. Le Kaocen est venu aider le « Gobrawa » (chef) du village de Mayki lors d’un conflit, une fois celui-ci terminé et le territoire sécurisé, une partie de l’armée retourna vers Agadez alors qu’une autre partie s’installa dans certains villages aux alentours (Sabon-Birni, Galmi et Doguerawa) et créa d’autres villages dont celui de Dargué. Le nom « Dargué » vient d’un arbre plus connu sous le nom de Bauhinia rufescens à cause de la forte présence de l’espèce dans le terroir.

Actuellement, le village de Dargué compte 4380 habitants avec une parité entre les hommes et les femmes (INS-Niger, 2012). La population est majoritairement
Touareg suivi des Haoussa et de très peu de Peulh. Les principales activités économiques relèvent de l’agriculture pluviale et de l’élevage. Outre l’agriculture et l’élevage, le village présente une diversité de corps de métiers tels que les forgerons, les tanneurs, les tailleurs, les maroquiniers, les maçons, les potiers, les menuisiers. Toutefois, les méthodes sont très archaïques et dépendent des moyens disponibles. Bien souvent, les corps de métiers sont rémunérés avec des produits issus de l’agriculture.

Le village de Dargué fortement orienté vers une agriculture majoritairement lié aux cultures du mil, sorgho et niébé. Celles-ci sont réparties sur une superficie de 13.625 hectares, soit 90,8 % de la superficie exploitable du terroir de Dargué. Il est à noter que les agriculteurs utilisent de plus en plus de variétés améliorées permettant un accroissement des rendements. Les accroissements de rendement sont aussi favorisés par l’application de fumure organique et minérale. Contrairement à l’époque où les résidus de cultures étaient laissés sur le champ, seulement 5 % des agriculteurs utilisent ceux-ci comme amendement. En plus de la traction animale, la mécanisation agricole a fait son apparition dans la zone d’étude et bénéficie d’un appui de l’état et des formations des protagonistes du développement comme le FIDA. Il est à noter que les agriculteurs sont regroupés en Organisations Paysannes (OP).

Le village a un marché hebdomadaire qui se déroule tous les jeudis. On note aussi la présence de moulins à grains et de quelques boutiques. Un certain nombre de femmes pratiquent des activités génératrices de revenus comme la transformation de certains produits agricoles. Enfin, comme dans de nombreux endroits du Niger, l’exode saisonnier est pratiqué dans les grandes villes du Niger comme Maradi, Zinder et Niamey mais aussi vers la Côte d’Ivoire et le Nigeria. Cependant, même si le nombre de personnes partant en exode ne décroit pas, la période d’exode se réduit pour atteindre 2 à trois mois maximum. Depuis quelques années, la production et vente de plants forestiers et de semences ainsi que l’exploitation du fourrage constitue une activité de plus en plus importante permettant de valoriser et transformer les ressources naturelles.
La distribution de l’eau potable est assurée par deux forages, trois puits pastoraux et un château d’eau.

Le centre de santé présent à Dargué attire de nombreuses personnes provenant de 10 villages à proximité. La mise en place de la cellule d’appui conseil dans le cadre des Champs Ecole Paysan a permis d’accroître les échanges avec certains villages. Une majorité des villages ont des échanges commerciaux avec Dargué et les multiples mariages aux alentours du village ont aussi permis de maintenir ou définir de nouveaux liens entre les villages.

Cet accroissement de liens entre Dargué et d’autres villages favorise les sollicitations en cas de perturbations et accroît la capabilité de la population de Dargué.

L’environnement du terroir de Dargué

Le terroir de Dargué est situé sur une plaine parsemée de plateaux ayant une pente inférieure à 1%. Le paysage est plus encaissé dans la partie nord du terroir avec une succession de petits plateaux et de vallées. Le terroir est caractérisé par des cuirasses latéritiques sur les plateaux et des dunes. Une dynamique de récupération des terres a été observée durant les missions d’observations. Le paysage est caractérisé par une savane arbustive. Les sols sont principalement sableux dunaires orné de quelques cuirasses ferralitiques et de concrétions. Le village est localisé sur un sol plus argileux. Le terroir de Dargué présente quatre mares dont une permanente au nord. Les mares sont sécurisées et sont principalement destinées aux bétails et aux cultures de contre saison. La pratique de la RNA est largement généralisée.

Les focus groupes avec les femmes et les hommes ont permis d’expliquer les origines et les causes de la dégradation des ressources naturelles sur une période de 50 ans. Tous les acteurs sont d’accord sur le fait que la dégradation des ressources naturelles du terroir de Dargué est perçue comme étant significative à partir des sécheresses de 1970 et 1980. La pression démographique a aussi accentué la dégradation du terroir.

Avant les années 1970, l’écosystème du terroir était diversifié et dense. La faune était aussi multiple mais la chasse a engendré de nombreuses disparitions d’animaux telles que les hérissons, les antilopes, les aigles, les phacochères, les écureuils. Selon la population, cet écosystème permettait d’assurer de nombreuses activités liées à la chasse, aux bois-énergie et sous-produits ligneux. La perte de certaines espèces et la dégradation prononcée de l’environnement a laissé les glacis et plateaux nus favorisant l’érosion éolienne et hydrique et créant les conditions d’une fertilisation et l’apparition de cuirasses latéritiques. En outre, après ces chocs conjoncturelles (sécheresse 1970 et 1980) et structurelles (dégradation liée à la pression démographique), la capacité de la communauté était très faible afin de pouvoir revenir à l’état d’avant les stocks.

Selon les focus groupes et entretiens avec des personnes ressources (maire, chefs coutumiers) de nombreux projets ont tenté de lutter contre ces perturbations conjoncturelles et structurelles et d’établir un état de résilience permettant le développement de la communauté et le bien-être de celle-ci. Plusieurs projets ont tenté d’apporter des réponses dont les projets du FIDA.. Les interventions de ces deux projets ont été réparties entre 2004 et 2015. Depuis plus de dix ans, le FIDA a procédé à des activités comme la récupération des terres (création de banquettes, demi-lunes) avec ensemencement fourrager et plantations d’arbres. La mise en place d’un barrage à proximité de la mare permanente a favorisé les cultures de contre-saison comme les cultures maraîchères (oignon, tomate, laitue, oignon, manioc, patate douce et maïs).

Enfin, la RNA a largement été en oeuvre depuis plus de 15 ans et a favorisé la protection des champs contre l’érosion et amélioré la fertilité des sols. En outre, la mise en place de boutique d’intrants conjointement aux mesures de restaurations et gestion des ressources naturelles ont aussi contribué à l’amélioration de la fertilité des terres. Cette combinaison entre boutiques d’intrants et restaurations des terres dégradées est surtout soulignée par le focus groupe des femmes.

Alors que le focus group des hommes met en évidence que les ressources ligneuses sont les ressources « ultimes » afin de subvenir aux besoins des individus. En effet, avant 1970, les ressources ligneuses étaient nombreuses et leurs utilisations très diverses (médicinales, fourragères, alimentation, bois de chauffe, bois de construction). Durant les perturbations conjoncturelles et structurelles, les populations ont largement coupé les arbres afin de commercialiser celui-ci vers le centre urbain de Maradi et d’autres agglomérations de la région. Les hommes soulignent l’importance de l’apport du cash for work pour la construction de divers ouvrages tels que les banquettes.

La résilience de la communauté et du terroir

A l’aide des différents outils et analyses présentées ci-dessus, nous avons pu déterminer une vision à long terme de l’évolution de l’environnement de la communauté et du terroir. Celle-ci peut se découper en plusieurs périodes : une période de résilience importante grâce à un environnement riche et diversifié ; une période de chocs structurels et conjoncturels répartis sur une période de 10 à 20 ans (1970-1980) diminuant très fortement la résilience des ménages ; une période de « survie » avec un accroissement de la pression démographique sur l’environnement afin de survivre ; une période d’accroissement de la résilience du fait d’une sensibilisation, formation et de l’apport important de projets sur une longue période. La situation actuelle présente un statut de résilience bien meilleur depuis une trentaine d’années mais complètement différent de l’état initial.

Ces différentes périodes et le nouvel état de résilience actuel démontre et renforce le caractère dynamique et la conceptualisation de la résilience présentée ci-dessus. En outre, on remarque que l’actuel état de résilience repose sur un nombre très diversifiés de stratégies par rapport à l’état initial.

En effet, les focus groupes et entretiens avec les personnes ressources (maires, chefs coutumiers, projet FIDA) souligne qu’avant 1970, les stratégies étaient axées vers une exploitation modérée des ressources naturelles (flore et faune) et une agriculture pluviale de subsistance. De plus, le bétail constituait une ressource économique et culturelle importante. Enfin, les liens entre personnes dans le village permettaient de surmonter rapidement une perturbation. La sollicitation demeure encore présente mais les stratégies ont changé et repose sur des liens sociaux forts. A l’heure actuelle, les stratégies d’adaptation liées à une ou plusieurs perturbations sont multiples mais ne repose pas que sur l’environnement car il a été très dégradé durant trente ans. Les principales stratégies sont l’accroissement de l’agriculture de contre-saison ; les activités génératrices de revenus ; la vente de fourrage et la valorisation de produits transformés ; la diversification des cultures associées au mil, sorgho, niébé. La multiplication des échanges socio-culturels (mariage) et commerciaux entre les villages ; l’exode ; la vente des résidus de cultures.

Cette diversification des stratégies peut être interprétée de deux manières différentes à savoir : l’accroissement de la résilience en diversifiant les stratégies d’adaptation ; la diminution de la résilience provoquant une « course » pour la survie.

Toutefois, au vu des observations, entretiens réalisés sur le terrain, la diversification des stratégies d’adaptation induit un statut de résilience bien meilleur que durant les crises des années 70-80. En effet, la vulnérabilité selon le FIDA et calculé depuis de nombreuses années démontre que la population extrêmement vulnérable diminue. La vulnérabilité selon le FIDA se calcule en focus groupe et est définie en fonction de l’état de l’habitation, de la superficie agricole, du nombre d’animaux. Les moyennes réalisées à partir des deux focus groupes (homme et femme) indiquent un accroissement des non et moyennement vulnérables et une diminution des extrêmement vulnérables et Il est à noter que les femmes estiment que les non vulnérables sont beaucoup plus importants que pour les hommes.

Toutefois, de nombreuses perturbations structurelles persistent comme la forte dégradation de certaines zones du terroir, surtout celle à proximité des cases du village et la pauvreté. En effet, la densité à l’hectare de ligneux est de 121 en bord de champ de case contre 177 en champ de brousse. Les champs de case sont définis comme étant les champs situés à moins de 500 mètres alors que les champs de brousse sont situés à plus de 500 mètre du village.

En outre, le nombre d’espèces différentes est fortement réduit et doit être favorisé en pratiquant de nouvelles plantations. En effet, un peu plus de 90 % des espèces sont seulement représentées par deux espèces à savoir Piliostigmareticulatum et Guierasenegalensis

Au vu de ces résultats, les ressources naturelles et les ligneux dans un terroir sahélien à forte densité démographique sont essentielles pour accroître la résilience des ménages. La méthode agroforestière participative qu’est la RNA est donc au centre de l’analyse de la résilience des communautés et/ou individus du terroir de Dargué. En effet, les cultures représentent plus de 90% des terres disponibles.

L’apport de la RNA et les sources de résiliences

La RNA présente de nombreux avantages. Elle permet d’accroître la fertilité des sols augmentant de ce fait les rendements. En effet, les rendements agricoles peuvent atteindre jusqu’à 200 kg en plus de la normal. Cependant , de nombreux autres facteurs pourraient expliquer cet accroissement des rendements comme l’apport de plus en plus important d’amendement organique ou d’engrais minéral mais aussi une amélioration des itinéraires techniques et l’utilisation de semences améliorées.

Il va donc de soi que l’apport des arbres améliore la fertilité et la structure du sol par un apport plus important en matière organique mais la quantification par rapport à d’autres actions est relativement difficile. En outre, la monétarisation du foncier et surtout dans une zone fortement peuplée comme le terroir de Dargué est devenue une variable de résilience importante pour les individus du terroir de Dargué. Les parcelles restaurées à l’aide de la RNA (559.000 FCFA/ha) ont une valeur multipliée par cinq par rapport aux parcelles dégradées (171.500 FCFA/ha).

Le calcul sur les valeurs des parcelles a été fait à partir des réponses aux questionnaires appliqués auprès de 16 ménages. Les valeurs concernent les premières parcelles des ménages et exclues 6 ménages qui n’ont indiqué qu’une valeur « générale » de leur parcelle. Les premières parcelles ont une superficie moyennes de 3,53 hectares et majoritairement situé à une distance moyenne de 1.737,5 mètres. Une majorité des personnes enquêtées indique que le rejet par la RNA apporte de l’ombrage et du bois de chauffe qui peut être un complément de revenu en cas de perturbations.

Enfin, en fonction du nombre et de la diversité, certaines espèces ligneuses sont utilisées pour la pharmacopée, le bois de construction, le bois d’artisanat, le fourrage et l’alimentation humaine. En outre, selon nos enquêtes, le coût moyen de mise en place de la RNA demeure faible, il est de 6388 FCFA par hectare. Cette brève analyse exploratoire fait ressortir les nombreux atouts de la RNA et selon nos observations, entretiens et analyses accroît fortement la résilience des ménages.

Comme nous venons de le démontrer, la résilience d’une communauté et/ou individus est un concept dynamique qui peut être décrit et opérationnalisé grâce à une combinaison d’outils méthodologiques provenant de différentes disciplines
scientifiques.

De plus, afin de regrouper l’ensemble des capacités/possibilités d’une communauté et/ou d’individus, il est essentiel d’avoir une vision en entonnoir. C’est-à-dire partir d’une analyse très « macro » à une analyse « micro ». Dans ce cas-ci, nous partons d’une situation départementale pour décrire la démarche des individus par rapport à la RNA en passant par une description du terroir de Dargué (analyse spatio-temporelle) et des capacités/possibilités de la population sur une longue période.

Notre analyse de la résilience d’une communauté et/ou individu du terroir de Dargué fait ressortir les points saillants suivants : depuis trente à quarante ans, la résilience de la communauté et des individus a évolué pour atteindre une nouvelle situation qui consiste en une diversification des stratégies en cas de perturbations non plus basées exclusivement sur l’environnement mais sur un ensemble de facteurs humains, environnementaux, économiques et sociaux. Toutefois, la RNA demeure une stratégie qui multiplie la capacité, la possibilité d’un individu à lutter contre des perturbations conjoncturelles mais surtout structurelles.

Enfin, ce processus d’opérationnalisation du concept de la résilience face à des perturbations conjoncturelles et structurelles doit être observé sur plusieurs années et comparée avec d’autres sites afin d’obtenir une vision complète des outils utiles pour évaluer la résilience d’une communauté et/ou individus.


Ludovic Andres, SamboBodé, LawaliDambo, Martha Populin, GueroChaibou,Mariama Mamadou Moustapha, SeidouLaminou, Boubacar Yamba& Philippe Lebailly
Université Abdou Moumouni de Niamey (département de géographie) et l’Université de Liège Gembloux Agro Bio Tech (unité d’économie et de développement rural).

La présente étude a été possible grâce à l’intervention et le soutien du FIDA. Elle s’est déroulée de juin 2015 à novembre 2015. L’étude réalisée dans la région de Maradi repose sur un partenariat entre le FIDA, l’Université Abdou Moumouni de Niamey / Niger (département de géographie) et l’Université de Liège Gembloux Agro Bio Tech / Belgique (unité d’économie et de développement rural).

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