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Sénégal : le pont filtrant, une expérience réussie d’ouvrage anti-érosif dans la commune de Keur Moussa

L’aménagement d’un pont filtrant, combiné à d’autres petits ouvrages de lutte anti-érosive réalisés avec des matériaux locaux, a montré son efficacité à Keur Moussa, commune située dans la zone des Niayes du Sénégal. Trente hectares ont retrouvé leur couvert végétal et leur vocation de terres de cultures grâce à cette initiative portée par les communautés.

En Afrique, particulièrement en Afrique subsaharienne, les écosystèmes sont assez vulnérables aux modifications du climat. Les situations extrêmes, conséquences des changements climatiques, sont le plus souvent les sécheresses et les inondations avec leur cortège d’érosion.

Au Sénégal, pays côtier et sahélien, plusieurs régions subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique, car fortement exposées à des stimuli climatiques. La zone sud de la commune de Keur Moussa en est un exemple éloquent. Elle est sujette à une forte érosion hydrique entraînant la dégradation des sols et rendant ainsi les communautés et les écosystèmes dont elles dépendent vulnérables.

Dans une dynamique de résilience, Endat Pronat en partenariat avec la fédération Woobin a capacité les communautés dans la réalisation d’ouvrages anti-érosifs à savoir le zaï, la demi-lune, la fosse d’infiltration et le pont filtrant objet du présent article.

Description et rôle d’un pont filtrant

Ouvrage antiérosif par excellence, le pont filtrant est essentiellement réalisé avec des matériaux suivants : pierres, sacs ensablés, des barres fers et des grillages. Il est construit sur la largeur d’un ravin. Ainsi, sa longueur est fonction de la largeur du ravin. Il se réalise en six principales étapes :

  • creuser le ravin dans le sens de largeur (15-20 cm) ;
  • étaler un grillage (Maillage 10x10) dans le sens de la largeur au fond du ravin ;
  • mettre des sacs ensablés au préalable sur le grillage ;
  • Fixer les sacs ensablés avec des barres de fer ;
  • Disposer méthodiquement les pierres entre les barres de fer fixant au sol les sacs ;jusqu’à une certaine hauteur (Variable en fonction de la profondeur du ravin) ;
  • Recouvrir les pierres avec un autre grillage et joindre ses deux extrémités avec le premier posé au fond du ravin.

Le pont filtrant a pour rôle de :

  • freiner les eaux crues et de protéger les sols contre les ruissellements forts et les transports de la croûte superficielles des sols lors de grosses averses ;
  • favoriser l’épandage et la sédimentation ;
  • favoriser à court et moyen terme l’ensablement et la disparition des ravins.

En plus de rôle déterminant dans la lutte anti-érosive, le pont filtrant sert parfois à relier deux localités séparées l’un de l’autre par un grand ravin.

Dans la commune de Keur Moussa, les premiers diagnostics menés ont montré que les terres situées sur le plateau de Thiès sont affectées par l’érosion hydrique qui emporte les couches fertiles et menace les villages . Aussi, des informations recueillies de la fédération Woobin, corroborant le diagnostic ci-dessus, les sols étaient dégradés et appauvris du fait de l’érosion hydrique. La résultante logique de cette situation est : des rendements agricoles faibles et une insécurité alimentaire élevée.

Cet état des lieux a permis à Enda et Woobin de planifier des actions audacieuses et structurantes qui ont eu des impacts salutaires les zones ciblées dans la commune.

Résultats et Impacts

Selon Meissa Faye, président de la Fédération Woobin, les communautés ont été formées au préalable sur les techniques de construction et plusieurs ponts filtrants sont construits dans plusieurs villages de la fédération. Ouvrages d’adaptation, à la fois par anticipation et par réaction aux changements climatiques, les ponts filtrants ont impacté significativement les communautés.

Selon les témoignages recueillis de la population à la base et d’autres sources concordantes, la réalisation des ponts filtrants a permis d’émousser le pouvoir érosif des eaux de ruissellement et par ricochet faciliter la réhabilitation du couvert végétal (plus de 30 hectares de terres dégradées dans sept villages).

Aussi, les ponts filtrants ont-ils joué un rôle important de désenclavement de certaines zones car ils ont servi de passerelle pour les villages enclavés pour se rendre dans les centres urbains.

Contraintes

La réalisation du pont filtrant peut être parfois onéreuse quand il s’agit d’un grand ravin. Cela nécessite assez de grillages et de barres de fer. Aussi, les pierres peuvent-elles faire défaut dans certaines localités. Dans ce cas, il faut transporter les pierres nécessaires pour la construction de la zone pourvoyeuse. Cela engendre des coûts supplémentaires. Mais ces exceptions se présentent rarement.

Durabilité et replicabilité

La réalisation du pont filtrant ne nécessite de gros moyens. Excepté les grillages et les barres qui sont achetés, les pierres et les sacs ensablés sont des ressources endogènes à la portée des communautés. Le fort ancrage de cet ouvrage au sein de la communauté couplé avec son utilité multiple est un gage de durabilité.

Cela est la résultante directe de l’appui d’Enda Pronat à Woobin qui a favorisé l’appropriation locale des actions. La fédération Woobin, présente dans les 36 villages de Keur Moussa, a joué un rôle déterminant dans la dissémination de la technique et constitue de ce fait la pierre de lance de cette expérience éprouvée et réussie.

La construction du pont filtrant n’induit pas de coûts particulièrement exorbitants pouvant freiner sa duplication, cette expérience a de forte chance d’avoir un effet multiplicateur dans les autres régions du pays confrontées aux problèmes d’érosion ainsi que dans la sous-région.

Akotchayé NANAKO , Volontaire de Quinoa asbl dans la commune de Keur Moussa en Juillet 2018
Auditeur en Master Gouvernance de Projets de Développement Durable au Sud (GPDS)-Université Paris Sud

Contact : ananako@yahoo.com

Référence bibliographique :

Laure Brun, in AGRIDAPE « L’impact de l’agroécologie en question », 2016, volume 32 N°3