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Redynamisation de la filière maïs pour lutter contre la malnutrition et augmenter le revenu des EAF* dans la région Anosy

Afin de venir à bout de la famine et de la malnutrition qui menacent les conditions d’existence des populations de la région Anosy (Région Sud de Madagascar), le projet AROPA a mis en œuvre différentes activités qui ont permis de développer la filière maïs.
Depuis l’intervention du Projet en 2011, les Exploitants Agricoles Familiaux sont passés d’acheteurs à vendeurs de maïs.

En 2010, la région Anosy située dans la partie Sud de Madagascar a été touchée par une famine sans précédant (« Kere » en langue locale) qui restera gravée dans la mémoire des populations pour longtemps. Suite à deux années consécutives de forte sécheresse (baisse de la pluviométrie), les productions agricoles, base de l’autoconsommation, notamment le maïs, le manioc, les légumes secs, etc., ont connu une baisse drastique. Les réserves alimentaires se sont très vite épuisées obligeant les populations à développer des stratégies de survie pour faire face à l’insécurité alimentaire galopante.

Parallèlement à la rupture des stocks alimentaires, une malnutrition sévère s’installe et touche principalement les enfants de moins de 5 ans.

Encadré :
« Je n’oublierai jamais cette période d’avril 2010. C’était dur. Il n’y avait plus de réserve de maïs. Mes enfants ne mangeaient qu’une fois par jour. Aux plus grands, je donnais des fruits de cactus. Les bas âges étaient nourris par les organismes humanitaires. »

Masy, une mère veuve de 6 enfants

Enrayer les goulots qui étranglent la filière maïs pour bouter la famine et la malnutrition hors de la région Anosy

Le maïs constitue l’une des principales spéculations agricoles de la région Anosy. Il est aussi à la base de l’alimentation des populations. C’est une denrée alimentaire très consommée durant la période de soudure. Les résidus de la plante (tiges, pailles, etc.) sont utilisés comme fourrage pour le bétail et/ou enfouis dans le sol pour fertiliser les champs de culture.

Le maïs constitue aussi une source de revenus importante pour les ménages qui vendent une partie de leur récolte sur les marchés locaux pour satisfaire leurs besoins quotidiens.

Seulement avec les sécheresses récurrentes, la productivité et la production de maïs ne sont plus ce qu’elles étaient auparavant. La faible productivité est liée à la mauvaise qualité des semences et aux problèmes d’accès et de disponibilité des produits phytosanitaires.

Par ailleurs, l’insuffisance de l’encadrement technique des paysans, les difficultés d’accès aux matériels et équipements nécessaires pour la production (les petits matériels disponibles sur les marchés locaux sont de mauvaise qualité), les difficultés d’accès aux services développés par la micro-finance (taux d’intérêts élevés et exigences de garanties) et la non maîtrise des opérations post récoltes (mode de séchage et stockage entraînant souvent des pertes importantes) ne favorisent pas une bonne productivité.

En aval de la production, la commercialisation des produits agricoles fait également face à des problèmes récurrents. Ces problèmes ont pour noms, le faible niveau d’organisation des paysans (les OP ne sont pas encore bien structurées et ont une faible capacité de négociation face aux opérateurs de marchés), l’insuffisance de communication entre les acteurs (les paysans n’ont pas suffisamment accès aux informations nécessaires pour bien planifier leur production et les autres acteurs ont peu d’information sur les quantités de maïs disponibles, les zones productrices et le calendrier de disponibilité). De plus, l’enclavement des principales zones de production et l’insécurité limitent la quantité de maïs produite par les paysans et celle écoulée sur les marchés locaux.

Afin d’aider les exploitants agricoles familiaux (EAF) à enrayer ces goulots qui étranglent la filière maïs, le Projet AROPA [1] s’est engagé à renforcer les organisations professionnelles agricoles de la région pour améliorer les revenus et réduire la vulnérabilité des petits producteurs (en particulier des plus pauvres d’entre eux), en facilitant leur accès à une offre de services et à des équipements adaptés à leurs besoins.

L’objectif visé par le projet AROPA, à travers son intervention, est d’améliorer le rendement et d’appuyer la production des 4329 producteurs de maïs regroupés dans les 14 unions repartis dans le district d’Amboasary et de Fort Dauphin. AROPA veut aussi appuyer les OP (OPB et Unions) à développer une relation commerciale avec les opérateurs de marché (OM) et à réaliser une vente groupée de 1000 Tonnes de maïs auprès du PAM [2] qui est le principal client des EAF et OP appuyés par le projet.

Stratégie d’intervention du projet AROPA

La stratégie développée par AROPA, pour résoudre les problèmes et/ou atteindre les objectifs qu’il s’est assignés, se décline comme suit :

- Mise en place des dispositifs CGEAF [3] au niveau de chaque commune pour assurer les quatre fonctions : conseil technique, conseil économique, animation et interface (fourniture d’informations sur les prix et mise en relation avec les marchés) ;
- Appuis à l’élaboration et financement des MP/PP (Microprojets/Projets Professionnels) des OP ;
- Promotion du réseau de distribution des intrants agricoles et de fabricants des petits matériels agricoles ;
- Appuis à l’achat groupé des semences et intrants agricoles ;
- Promotion de l’agriculture contractuelle ;
- Appui à l’amélioration de la gestion de collecte et du stockage des produits ;
- Développement du couple OP/OM (Organisation Paysanne/Opérateurs de marchés).

Description des activités mises en œuvre par le Projet et la participation des bénéficiaires

- Structuration des OP et amélioration de la production de maïs : en poursuivant les activités de structuration et renforcement des capacités des OP, le projet AROPA contribue à l’augmentation du rendement ainsi que de la quantité de maïs disponible par (i) l’introduction des semences améliorées, (ii) par l’encadrement, la réalisation des formations techniques et conseils à la gestion de l’exploitation agricole familiale assuré par les CGEAF.
- Mise en œuvre des appuis à la commercialisation groupée des produits :
o Amélioration de la capacité de stockage : financement de la construction des magasins de stockage ;
o Réalisation du bilan de campagne avec le PAM et estimation des quantités de maïs disponibles au niveau des OP ;
o Formation des membres des OP au traitement et stockage des maïs après récolte ;
o Contractualisation entre l’OPR/Union et planification de la collecte du maïs auprès des producteurs et OP ;
-  Développement des mécanismes durables pour le financement de la production dont :
o l’opérationnalisation et le financement de la FRDA Anosy (Fond Régional de Développement Agricole) : abondement de fond pour financer les demandes des paysans ;
o la mise en œuvre d’une convention avec l’IMF FIVOY (Institutions de Micro Finances) pour faciliter l’accès des EAF/OP aux financements de leur production : financement de leur extension et ouverture de nouvelles caisses avec développement de types de services/crédits destinés aux vulnérables

DESCRIPTION DES RESULTATS OBTENUS

Produits des interventions au niveau des bénéficiaires (OP et EAF)

-  Au niveau des EAF :

> Une amélioration de leur technique culturale est constatée. Malgré les conditions climatiques qui constituent souvent un obstacle à l’augmentation de la production, les EAF adoptant les nouvelles techniques introduites par le projet ont obtenu de meilleurs résultats.
> Avec l’appui du projet AROPA, 168 tonnes en 2011, 458 tonnes ont été commercialisées en 2012 auprès du PAM (Programme Alimentaire Mondial) et 1000 prévues pour cette année 2014.

-  Au niveau des OP :

> En 2013 : les 4329 EAF producteurs appuyés sont regroupés dans les 365 OPB membres des 14 unions qui sont répartis dans le district d’Amboasary et de Fort Dauphin. Un OPR a été créé vers la fin de l’année 2013 pour appuyer les unions dans la commercialisation groupée de maïs et l’organisation de l’approvisionnement groupée des intrants et petits matériels agricoles.

Ces OPB ont vu l’amélioration de leur niveau d’autonomisation (organisationnelle et financière) grâce aux renforcements de capacités, aux appuis en intrants et petits matériels agricoles et à la commercialisation groupée de maïs.

Effets à court et moyen terme, impact des interventions au niveau des EAF : augmentation de revenus (chiffré)

-  Pour les EAF touchés par le projet AROPA, la réalisation de la vente groupée de maïs auprès du PAM leur a permis d’améliorer leurs conditions d’existence (renouvellement de toitures de maisons, achat de zébus et paiement des frais de scolarisation de leurs enfants). La vente de leurs produits en une seule fois permet aux paysans d’investir dans le renouvellement de leurs moyens de production et l’extension de leurs superficies cultivées.

Le tableau ci-dessous nous résume l’évolution des chiffres d’affaires des EAF producteurs de maïs appuyés par le projet

Tableau : Analyse des impacts et de la durabilité de l’intervention d’AROPA

AROPA redore les conditions d’existence des exploitants agricoles familiaux de la région Anosy : Une productrice témoigne

Mme Masy habite dans le fokontany de Berano Ville, Commune Tanandava dans le district d’Amboasary. Elle élève seule ses 6 enfants dont deux sont encore scolarisés. Elle vit essentiellement de la culture de haricot, de manioc, de riz, de patate douce et de maïs qui lui procure un modeste revenu lui permettant de couvrir une partie des besoins familiaux.

« Avant l’arrivée du projet AROPA dans notre village, on produisait le maïs pour combler notre alimentation et aussi pour l’achat des PPN (Produits de Première Nécessité) dans la maison. Bien que je dispose d’une importante superficie de terrain cultivable (5 ha) laissée par mon défunt mari, je n’ai pu exploiter qu’une partie du terrain et produire seulement 700 kg de maïs ». Au total 50 % du maïs récolté par la famille est vendu sur le marché local selon le besoin en argent de la famille. « Comme il n’y avait pas d’acheteurs potentiels, on vendait le maïs auprès des collecteurs locaux à 80 Ar/ gobelet. Pour une campagne agricole, je fais un chiffre d’affaire d’environ 100 000 Ar (45$) ».

Suite aux sensibilisations effectuées par le technicien du projet AROPA, Mme Masy s’est intégrée dans l’association Miarina Ambarobe et a bénéficié des différents appuis réalisés tels que des formations en gestion des exploitations, l’appui en semences améliorées et la commercialisation du maïs auprès du PAM. Grâce au projet AROPA, « j’ai augmenté mes superficies cultivées en maïs et réalisé 2 campagnes de culture en 2012. J’ai pu donc avoir un surplus de production de 2 tonnes que j’ai livré à notre association pour les vendre auprès du PAM. Ce qui m’a permis d’augmenter mon chiffre d’affaires à 1 400 000 Ar (636$) ».
Pour cette année 2014, le projet nous a appuyés dans l’achat des semences améliorées « Mailaka » afin de remplacer nos semences à faible rendement.

« A travers l’union et l’OPB Miarina Ambarobe, j’ai obtenu 18 kg de semences que je dois rembourser au moment de la récolte. Après le passage de l’équipe du PAM et du projet AROPA dans notre Commune, j’ai livré 4 tonnes de maïs dans le magasin de l’association Miarina Ambarobe à Amboasary. Avec cette quantité, j’espère toucher une somme de 3 520 000 Ar (1 600$) qui me permettra de financer l’acquisition d’une charrette pour le transport de mes produits et des petits matériels agricoles (charrue, angady ou bêche, …) ».

Selon toujours notre mère célibataire, depuis l’arrivée du projet AROPA une amélioration de la situation nutritionnelle dans son village a été constatée et bien que la période de soudure touche encore bon nombre des ménages dans cette Commune, elle est moins dure par rapport à la situation avant-projet.


RANDRIANASOLO Hanitriniaina Tantely

Responsable Suivi Evaluation et Gestion de Savoirs
PROJET AROPA

rse@aropa.mg