Constat d’échec pour la NASAN au Sénégal : La société civile appelle les décideurs politiques à mettre l’agriculture familiale au coeur des stratégies de sécurité alimentaire et de la Nutrition.
La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (NASAN) a été lancée en 2012 par le G8, en réponse à la flambée des prix des denrées alimentaires survenue en 2010-2011 et à une vague de sécheresse dans la corne de l’Afrique affectant les populations africaines. La NASAN fait également suite aux efforts de l’Initiative de L’Aquila pour la sécurité alimentaire (IASA). Alors que l’Initiative de L’Aquila incitait les gouvernements à investir des fonds publics dans la sécurité alimentaire, la NASAN mobilisait les entreprises du secteur privé –étranger et les multinationales – à « réaliser une croissance agricole soutenue et inclusive ainsi qu’à sortir 50 millions de personnes de la pauvreté au cours des dix prochaines années » en Afrique.
La société civile et le mouvement paysan sénégalais saluent l’engagement pris en 2012 par les pays membres du G7 en faveur de l’agriculture sur le continent africain, mais déplorent l’approche et la mise en oeuvre de la NASAN. Ils appellent les pays du G7, les gouvernements africains et l’Union Africaine (UA) à soutenir davantage l’agriculture familiale et l’agroécologie, garantes d’une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable, telle que stipuler lors du forum 2018 de la FAO sur l’agroécologie.
Dès sa création, la NASAN a soulevé des craintes de la part de la société civile en lien avec les risques d’accaparement des terres et de privatisation des semences. Bien qu’au Sénégal, la NASAN n’ait pas engendré les conséquences négatives anticipées, elle n’a pas pour autant respecté ses promesses. En effet, une évaluation indépendante de la NASAN au Sénégal, conduite avec l’appui du Groupe de réflexion pour la sécurité alimentaire (GRSA), a permis de constater que la Nouvelle Alliance n’a visiblement pas atteint son objectif principal d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition à travers l’augmentation des investissements privés en agriculture. Elle n’a pas non plus mené à des réformes politiques significatives ni à un meilleur alignement ou une augmentation de l’aide internationale de la part des membres du G7.
La NASAN a été lancée sur l’hypothèse que la sécurité alimentaire et nutritionnelle peut être améliorée grâce à un apport accru du secteur privé. Cependant, l’expérience au Sénégal démontre que la NASAN a effectué un ciblage inadéquat des entreprises ayant pris part à la NASAN, à cause des délais très courts impartis par le G7. Le manque de communication autour des objectifs de la NASAN, l’impréparation des parties prenantes à jouer leur partition et l’absence de cadre contraignant ont créé un déficit d’engagement de la société civile et les Organisations de producteurs.
La NASAN traite les petits producteurs essentiellement comme des bénéficiaires d’emplois et de services pourvus par les agro-industries plutôt que d’acteurs économiques en soi. Or, les emplois créés par l’agrobusiness demeurent précaires et saisonniers, peu rémunérateurs, généralement sans prise en charge sociale et médicale et leur nombre est largement en dessous des attentes des populations. En contraste, lorsqu’on considère l’apport du secteur privé au développement agricole et à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les exploitations familiales représentent de façon agrégée les investisseurs les plus importants en agriculture, contribuent fournir de l’emploi et préservent le patrimoine foncier. La NASAN ne les a pas suffisamment pris en considération.
Dans un contexte de changement climatique, de raréfaction des ressources en eau et de perte de biodiversité, il y a urgence pour les gouvernements d’effectuer une transition vers des modes de productions agricoles plus durables et résilients. Or, la NASAN a plutôt favorisé des entreprises conventionnelles et les multinationales qui utilisent des modes de production industriels axés sur la monoculture, exigeants en eau et dépendants des intrants chimiques. Alors, que la NASAN signalait une volonté d’améliorer le sort des populations pauvres, et des femmes en particulier, nous constatons que les femmes ont largement été ignorées. Aucune structure de production ou coopérative agricoles gérées par des femmes ne faisait partie des entreprises partenaires de la NASAN et les emplois créés ont été en majorité occupés par les hommes.
La NASAN a souffert d’un manque d’implication et de concertation préalable avec la société civile. De même, plutôt que d’encourager la réalisation des priorités du Sénégal en agriculture, la NASAN a mené à un effet de redondance et d’éparpillement des acteurs et des initiatives dans un contexte où plusieurs projets et programmes nationaux étaient existants. Il aurait été plus indiqué de directement renforcer ces cadres au lieu de dérouler une initiative parallèle qui avait peu de chance d’aboutir.
Au regard de la place essentielle qu’occupe l’agriculture en Afrique, la société civile sénégalaise estime que ce secteur doit être soutenu par un engagement constant, plutôt qu’une intervention ponctuelle. C’est en ce sens que nous, acteurs de la société civile et du mouvement paysan, appelons le G7 à renouveler son appui à l’agriculture, mais en plaçant l’agriculture familiale et leurs revendications au coeur de toute initiative visant à améliorer la sécurité alimentaire.
Nous appelons le G7 à reconnaître que :
Nous vous exhortons aussi à :
Nous exhortons le gouvernement du Sénégal à :
Finalement, nous demandons à l’Union Africaine, désormais responsable de la mise en oeuvre de la NASAN, de :
En conclusion, à la lumière de ce constat d’échec de la NASAN au Sénégal, la société civile et les mouvements paysans appellent les décideurs politiques à mettre l’agriculture familiale au coeur des stratégies de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Ainsi, nous appelons le G7, le gouvernement du Sénégal et l’Union Africaine à soutenir fortement l’agriculture familiale, y compris les pratiques agroécologiques et la promotion des femmes pour le développement de systèmes de production plus durables qui nourrissent les populations locales.