Les rapports du GIEC sont formels : les effets du changement climatique vont s’intensifier. Sécheresses, inondations, insécurité alimentaire les pays du Sahel sont en première ligne. Pourtant, face à l’urgence, les fonds mondiaux dédiés à l’adaptation atteignent à peine 4 % des communautés locales. Le décalage entre les décisions prises dans les capitales et les besoins vécus sur le terrain reste un obstacle majeur.
Et si la solution passait par donner directement aux collectivités territoriales le pouvoir de décider et de gérer les ressources climatiques ? C’est précisément l’idée au cœur du mécanisme de Décentralisation des Fonds Climat (DFC), expérimenté dans la région de Kaffrine entre 2015 et 2019. En mobilisant près de 3 milliards de FCFA pour des investissements d’adaptation choisis par les communautés elles-mêmes, le DFC a ouvert une voie nouvelle. Il était temps de la documenter, d’en tirer les enseignements et d’envisager comment la généraliser.
Les résultats présentés confirment la pertinence du modèle. Quand les communautés identifient elles-mêmes leurs besoins et contrôlent les ressources allouées, les investissements sont plus adaptés, mieux acceptés et plus durables. L’atelier a également mis en lumière un angle souvent négligé : la dimension genre. Les résultats de l’étude spécifique sur l’égalité de genre et l’inclusion sociale (EGIS) montrent que l’implication des femmes et des groupes vulnérables dans la prise de décision améliore significativement l’efficacité des projets d’adaptation. Des progrès ont été réalisés, mais les lacunes demeurent, notamment dans la représentativité au sein des instances de gouvernance.
L’atelier a aussi été l’occasion de mesurer la richesse des initiatives déjà en cours au Sénégal. Ministère de l’Environnement, agences de développement local et municipal, programme national de développement local, météorologie, égalité de genre, partenaires comme ENABEL, GIZ ou ENDA. Chacun a partagé son expérience en matière d’adaptation menée localement. Ce qui en ressort : les efforts existent, mais ils restent fragmentés et insuffisamment coordonnés. La nécessité d’un cadre commun pour harmoniser les interventions est apparue comme une évidence partagée.
Au-delà du bilan, l’atelier a ouvert une perspective : comment faire en sorte que les leçons du DFC influencent durablement les politiques nationales ? Les échanges ont pointé la nécessité d’intégrer les principes de l’adaptation menée localement dans la planification territoriale, dans les budgets des collectivités, et dans la future loi sur le Climat. Le projet DEFOCLIM, qui prend le relais du DFC jusqu’en 2026, a pour mission de combler les lacunes de connaissance, de réduire les asymétries d’information et d’accompagner les décideurs dans cette transition. Un chantier ambitieux mais que cet atelier a démontré être porté par une volonté collective réelle.