Desertif’Action 2026 : Quand les communautés tracent la voie contre la désertification

23 avril 2026

Djerba, 25-28 mars 2026 Le sommet Desertif’Action 2026 a fermé ses portes avec un message clair : la lutte contre la désertification ne peut plus se faire sans les territoires, sans les communautés, et sans une vision systémique et intégrée des enjeux fonciers, climatiques et écologiques.


Un dialogue stratégique au service de la Convention des Nations Unies

Pendant quatre jours, Djerba a accueilli des acteurs venus de toute la région pour accélérer la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). Au cœur des échanges : la gestion durable des terres, la lutte contre la désertification et l’adaptation à la sécheresse des enjeux qui s’intensifient à mesure que les épisodes de sécheresse se multiplient et frappent de plus en plus durement les systèmes agro-sylvo-pastoraux.

Face à l’ampleur des défis, les participants ont été unanimes : les approches sectorielles ne suffisent plus. Il faut une vision intégrée, combinant restauration écologique, gouvernance locale et sécurisation des droits fonciers, qui doit désormais guider l’action.


Le foncier, condition sine qua non de la restauration durable

L’un des enseignements majeurs du sommet est la place structurante du foncier. Sans droits sécurisés, les communautés restent vulnérables et peu incitées à investir dans des pratiques de gestion durable des terres. La sécurisation foncière n’est donc pas une question secondaire, c’est la condition de base pour que la restauration soit durable et portée par ceux qui vivent et travaillent sur ces terres.

Dans ce cadre, la participation du consortium régional « Les Communautés Reverdissent le Sahel » réunissant IED Afrique, SPONG et Himma, avec l’appui de Both ENDS, REDAA et RVO a été particulièrement remarquée. Le consortium a mis en avant son approche innovante du nexus restauration des terres et sécurisation foncière, démontrant concrètement comment l’action communautaire, combinée à un plaidoyer multiéchelle, permet de restaurer les écosystèmes tout en renforçant les droits des populations locales.


Agroécologie et pastoralisme : deux piliers de la résilience

Les expériences partagées à Djerba ont confirmé le rôle central de l’agroécologie dans la lutte contre la désertification. En améliorant la fertilité des sols, la rétention de l’eau et la biodiversité, elle constitue un levier puissant de résilience si les conditions soient réunies : accès au foncier, financements adaptés et accompagnement technique.

Le pastoralisme a également occupé une place centrale dans les débats, avec une formule qui résume tout : « pas de pastoralisme sans mobilité ». Reconnaître la mobilité pastorale comme stratégie d’adaptation à la sécheresse est devenue une nécessité, tout comme garantir un accès sécurisé et flexible aux ressources naturelles. Cela appelle à des réformes foncières inclusives et des mécanismes de gouvernance ancrés dans les réalités locales.


Des défis persistants qui freinent l’action à grande échelle

Le sommet n’a pas éludé les obstacles. Plusieurs défis majeurs ont été identifiés :

  • La fragmentation institutionnelle qui nuit à la cohérence des interventions
  • L’insuffisance de données fiables pour orienter les décisions
  • L’accès limité aux financements climatiques pour les acteurs locaux
  • La faible intégration des savoirs endogènes dans les stratégies nationales et régionales

Ces contraintes freinent les efforts de restauration et limitent considérablement l’impact des initiatives à grande échelle.


Des recommandations fortes en vue de la COP17

À l’issue des travaux, les participants ont formulé des recommandations clés à l’attention des décideurs, en vue de la COP17 sur la désertification :

  • Faire de la gestion durable des terres une priorité des politiques publiques et des investissements
  • Renforcer la sécurisation foncière des communautés locales comme levier de restauration
  • Promouvoir le nexus restauration-foncier, en s’appuyant sur des initiatives comme le consortium CRS
  • Renforcer la collaboration entre société civile, points focaux UNCCD et collectivités territoriales
  • Soutenir l’agroécologie comme solution structurante, en s’inspirant de l’expérience de la DyTAES au Sénégal
  • Garantir la mobilité pastorale et sécuriser l’accès aux ressources pour les éleveurs
  • Mettre en place des cadres de gouvernance multi-acteurs et multi-niveaux efficaces
  • Améliorer les systèmes de données et d’alerte précoce pour anticiper les crises
  • Faciliter l’accès à des financements climatiques inclusifs et adaptés aux acteurs locaux
  • Valoriser et intégrer les savoirs endogènes dans les stratégies de gestion des terres
  • Renforcer les capacités des organisations communautaires pour un changement d’échelle durable

Conclusion : Les territoires au cœur de la transformation

Desertif’Action 2026 a réaffirmé avec force que la lutte contre la désertification et la sécheresse exige une approche systémique, intégrant terres, eau, climat et gouvernance. Les territoires ont été reconnus comme les espaces clés où se construisent des solutions durables des solutions portées, avant tout, par les communautés elles-mêmes.

Pour IED Afrique et ses partenaires, ce sommet confirme la pertinence et l’urgence de leur approche : placer les communautés au centre, sécuriser leurs droits, et construire des ponts entre l’action locale et les grandes ambitions mondiales.

La route vers la COP17 est tracée. Il reste maintenant à transformer ces recommandations en actes.